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A tous ceux qui m'ont suivis,
A ceux qui m'ont supportés, dans tous les sens du terme, A ceux que j'ai peut-être déçu mais qui ont vibré au rythme des courses, A ceux qui se sont enthousiasmés quand je me désolai, Aux amis perdus de vue depuis des années qui m'ont contacté, A mes partenaires qui ont rendu cette aventure possible, les anciens comme les nouveaux, Tessier, Dynastar, Öhlins, les Ski Clubs de Gex et de Faucigny, SkiClinic, le CERN, le Conseil Régional de Rhône-Alpes et le Conseil Général de l'Ain A tous mes compagnons skieurs et concurrents, ceux derrière comme ceux devant ! |
C'est l'épopée des piquets.
Un enchaînement qui me dévore pour un dénouement, la course, qui, je le sais, ne dure pas deux minutes. Je m'imprègne de ces sensations, je m'en gave l'imaginaire à n'en plus pouvoir, je transforme ce geste en ma drogue secrète. Combien de kilomètres, combien de piquets, combien de pentes virtuelles ? Comment ai-je pu en arriver là, à m'accoutumer de cette pensée mono neuronale, à me noyer à ce point dans ce plaisir absurde ?
Il y a dix mois, je fêtais mon anniversaire allongé sur le billard d'un bloc opératoire. Quand le chirurgien m'a proposé pour la troisième opération de mon épaule gauche la date du 9 mai, j'ai ri en me disant " ce sera un anniversaire original, je m'offre une épaule neuve pour mes 36 ans ! ". C'était une mauvaise idée. Je venais de gagner les deux titres de champion de France de ski Spécial et Géant, une consécration inattendue à la fin d'une saison noircie par cette fichue épaule sortie de son enveloppe sur les pentes du Colorado lors d'une coupe du Monde. Plus de vingt luxations, deux interventions chirurgicales, un poignet cassé, un fémur vissé, je croyais avoir déjà payé mon tribut de blessure. Je savais que les ligaments de la coiffe des rotateurs, à nouveau détendus, rendraient pénibles et risqués la pratique de nombreux sports. Je savais que la saison suivante et les Jeux de Turin risquaient d'être gâchés par cette faiblesse récurrente.
Je n'ai pas hésité : en avant pour une troisième opération, une butée osseuse le plus vite possible.
J'ignorais que j'en sortirai le bras à moitié paralysé, privé de tous les mouvements d'extensions depuis le haut de l'épaule jusqu'au bout des doigts. Impossible de lever le biceps, de tendre le coude ou d'allonger les phalanges. A Salt Lake City, quatre ans auparavant, l'os du radius brisé m'avait privé des courses, et il semblait bien que cette fois-ci, le nerf radial, déconnecté, allait m'éloigner de Turin. A croire que ma relation au Paralympisme ai un travers 'radi'cal.
Quatre mois dans le doute. Quatre mois sans la moindre évolution. Quatre mois à chercher dans toutes les directions des éléments de réponses, à comprendre les détails de cette anatomie qui me jouait un vilain tour. Quatre mois pour imaginer le pire, la perte définitive de l'usage d'un bras - avec déjà un pied et une jambe en moins, ça complique un peu la vie. La tentative d'une exploration et greffe de nerf était programmée, désespérément. Cinq jours avant, j'ai senti en posant un doigt sur le tendon de l'annulaire une infime contraction. Moment de grâce ! Elle a très vite disparue mais je n'avais pas rêvé, et je l'ai ressentie encore et encore. L'exploration a été annulée, il fallait attendre, les fibres du nerf repoussaient dans leur gaine. J'avais bel et bien oublié à ce moment là le ski et tous les autres sports ; il s'agissait seulement de vivre avec deux bras, autant que possible.
Cette vibration fut suivie de quatre mois d'électro-stimulation, d'activation passive, de
musculation compensatrice. Quatre mois de patience et d'efforts partagés avec les meilleurs
kinés du monde. Le nerf parcourait à la vitesse moyenne d'un millimètre par jour, lentement mais
infailliblement, le long chemin vers les muscles à innerver. Un jour, j'ai pu lâcher ma main tendue
vers le haut sans qu'elle ne s'affale aussitôt sur ma tête. Un jour, j'ai pu mesurer sur un
dynamomètre les quelques Newtons que mon triceps avait regagnés. Un jour, j'ai senti vibrer sur
le dessus de l'avant bras un drain interne, comme si tous les tissus alentours se trouvaient
soudain réveillés par une tension nouvelle (j'ai pensé à un câble recouvert par des mois de
poussières et de boue que l'on secouerait d'un coup). Un jour, j'ai vu mon poignet tombant, en
" col de cygne " selon le langage médical (pour une fois poétique), se relever insensiblement.
Un jour, j'ai regardé incrédule mon index se déplier. Pour pointer dans une direction de plus en
plus évidente.
Turin.
Le mot est revenu se balader dans mes pensées, et s'est glissé dans les longues discussions qui
accompagnaient les incessantes séances de rééducation.
Turin.
La course contre la montre était lancée. Pas celle qui commence dans un portillon et finit sur la
ligne d'arrivée. Celle, encore plus incertaine, entre ma récupération physique et la date limite de
la sélection.
Le poignet dans une atèle, accroché solidement à la patinette, j'ai essayé. Premier virage, première chute, la reprise était risquée, peut-être prématurée. Le danger était clair et me sautait au yeux à chaque instant : avec la main fixée au stabilisateur, le bras de levier était tellement long qu'un roulé boulé mal négocié aurait pu faire sauter la butée de mon épaule. L'imprudence m'avait déjà trop coûté ; ma saison, décidai-je, ne commencerait que plus tard, en Janvier si le nerf me l'accordait.
Faute de pouvoir m'entraîner sur les pistes, j'ai ressassé. Dans tous les sens, sur toutes les pentes, j'ai refait mes courses. J'ai répété à l'infini les mouvements que je connais.
J'ai skié dans ma tête.
Est-ce que chacun de ses déplacements provoque un pareil tourbillon ?
Comme la spirale orange de mon amortisseur qui se déploie à chaque détente, les journalistes,
les photographes, les caméramans, les politiciens et autres curieux semblent aspirés dans le
courant d'air Chiraquien...
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Je suis le seul à ne pas avoir un petit ruban rouge accroché au poitrail. Non, ce n'est pas le salon de l'agriculture. A table, à mes cotés, ils s'appellent tous 'président'. En fait, le vrai, celui de la France, est assis à l'autre grande table auprès de Solène, la benjamine de l'équipe. Il n'empêche : EDF, Société Générale, FFS, Comité Olympique, Sport Adapté ont aussi leurs présidents. Et c'est un titre que semble savourer autant ceux qui le reçoivent que ceux qui le prononcent. Alors, moi aussi, j'entre gaiement dans la danse. Après tout, aujourd'hui, je n'ai pas la légion mais je suis à l'honneur. A ma droite est assis le ministre des Sports, Jean-François Lamour auquel je demande : |
Il est sympa, ce Jeff. Et j'ai l'impression qu'il a plus de plaisir à parler avec moi à sa gauche, ou avec Emilie, aveugle de l'équipe des fondeurs à sa droite, qu'avec le PDF d'EDF qui l'interpelle ostensiblement de temps à autre depuis l'autre bout de la table, bien au centre.
Pendant ce temps, Chirac, après avoir éclusé d'un trait sa première Corona en soupirant " c'est toujours ça de pris " glisse à l'oreille de Solène qui redoute l'oral à venir de son Bac :
Elle n'en croit toujours pas ses oreilles.
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Le ministre se tourne vers moi.
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Dans le train, les fauteuils au milieu empêchent les voyageurs de passer, mais avec la
bénédiction présidentielle reçue la veille, le groupe plane sur son nuage pré-olympique. Dans la
bouche de Cédric, c'est dit de façon crû et très juste:
A Sestrière, un autobus nous dépose en pleine tempête. |
Les Jeux commencent, vive les Jeux !
Après avoir "brouillé' sur de la neige douce et mollassonne, je retrouve sur un bout de piste cette neige artificielle dure et compacte de Sestriere que je connais déjà et dont j'aime tout simplement énormément le contact... Et je suis déjà pressé de la retrouver pour faire plus ample connaissance.
La sensation de raideur ne s'atténue que lentement. Je me croirais sur un cheval qui refuse
l'obstacle ! Il faut y aller doucement, ne rien brusquer et comprendre les raisons de la dérobade.
Comme en équitation, "calme, en avant et droit" sont les maîtres mots.
Il y a le nouveau ressort, dont la dureté me surélève légèrement et qui n'autorise guère le virage
glissé.
Il y a le nouveau ski qui ne se laisse cintrer qu'avec beaucoup d'énergie.
Il y a les carres, préparés par notre nouveau préparateur pro des skis... valides.
Un coup de gomme bien appuyé fait déjà revenir des sensations mieux maîtrisées.
La confiance est de retour au moment où la piste des courses est ouverte quelques heures aux
coureurs. Et comme par magie, je la dévale en tête alors que les compétiteurs s'attroupent au
départ de la descente. Fantastique moment que de déflorer le premier cette piste historique
encore vierge de toute trace. Et de découvrir ce que sera la belle arène de ces Jeux.
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Un entraînement intense et quotidien me confirme le bien-fondé de mon dernier changement de ressort : 4.1 Kg au lieu de 4.3 Kg de dureté, tout en gardant la même précontrainte de 15mm... petits détails techniques que seuls les initiés du ski assis ou du moto cross (qui utilisent les mêmes amortisseurs) comprendront... En fait, il s'agit de régler la bonne raideur en compression mais aussi de s'assurer, en détente, que la marge de négatif - lorsque le piston remonte au-delà de sa position en charge statique - soit assez large pour ne jamais atteindre la butée, ce qui ferait décoller le talon du ski. |
Néanmoins, les réglages plus fins ne font que commencer car je me trouve peu performant. Sur la portion peu pentue, je tiens bien la trajectoire mais dans le mur, le ski me ballade. Il devient le maître et je me laisse déborder - ce qui finit soit en sortie de piste, soit en gamelle. Avec l'aide et le conseil de Cyrille, pendant qu'il désaffute légèrement ce ski, j'en essaie un autre dont les carres ont été tombées à 1 degré (au lieu de 0.5)... les initiés du ski alpin comprendront... C'est un ski neuf beaucoup trop dur qui aurait besoin d'assouplissement. Je m'escrime dans la pente à lui tordre les reins mais il faudra encore beaucoup d'appuis sévères pour lui donner la souplesse qui me sied.
Quelques bons passages finissent par me donner les repères qui me manquaient et me donnent l'espoir de trouver à temps la combinaison idéale entre la compression et la détente...
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A l'entrée du village, nous sommes attendus pour la cérémonie de lever de drapeau, réception offerte par le comité olympique à la délégation française. Les délégations chiliennes, slovènes et suisses sont également à l'honneur aujourd'hui. Lorsque l'hymne olympique résonne la première dans l'arène du village et que le fanion s'élève petit à petit vers le ciel, je suis franchement ému. Ma propre émotion est quelque chose qui me surprend toujours. La solennité du moment me touche, je pense à la piste, je pense aux gestes parfaits qu'il faudra tenter d'accomplir, je pense à ma victoire. J'ose à peine imaginer l'émotion qui suivra. Oui, c'est bien pour elle que je cours. |
Après la Marseillaise et ses sillons abreuvés de sang impur - que j'ai quelque difficulté à chanter à tue-tête - un sympathique quatuor féminin de violons et violoncelle donne allègrement le ton italien, léger, raffiné et dansant, des jours qui nous attendent. Toute la délégation crie pour un " bis " que nous obtenons avec ravissement. Merci, Vivaldi.
Le soir venu, après la réunion d'équipe quotidienne de 19h15, et un repas léger (il ne faut pas s'alourdir de la grande variété des plats proposés, non, ce n'est pas un stage de gastronomie !), un spectacle de danse de l'école de cirque de Turin fait le plein dans le hall du village. D'élégantes danseuses déploient avec grâce jambes et bras dans une chorégraphie sportive qui laissent pantois culs de jatte et autres manchots.
Il faut à chaque passage s'engager à fond, attaquer bille en tête sans se soucier ni de l'état de la neige, ni des doubles ou triples portes. Et ça passe. Le ski plie, les carres tiennent, la trajectoire frôle les piquets, je sens que ça vient. Encore quelques entraînements de cet acabit et je serais prêt.
Mon ski a désormais la souplesse que je souhaite. Je le troque contre le second qu'il faut maintenant lui aussi assouplir à sa juste mesure.
La routine qui suit les entraînements est rodée : direction le restaurant (vers 14h) pour une salade mozzarella tomate, steak, pates et yaourt ou fruit (je connais même le chemin précis, à suivre mécaniquement entre les différents stands pour faire la meilleure boucle de chargement de mon plateau !), puis la chambre pour une séance d'étirement, suivi d'une petite sieste. Au réveil, la séance d'abdos et de musculation est sensée me faire assez suer pour pleinement justifier la douche qui suit. Avant de filer à la réunion d'équipe quotidienne de 19h15, il me reste normalement un peu de temps pour prendre les notes sur mon carnet de ski, discuter avec mon co-piaule, Cyril, des impressions et des réglages du jour, voire pour remplir un peu ce journal des Jeux et observer placidement mon radial continuer sa lente repousse.
Après le dîner, au stand Internet, il faut être patient et attentif pour ne pas louper l'ordinateur qui se libère, lire les messages de soutien ou du travail et répondre - uniquement - aux plus urgents... pas question de rester des heures entières les yeux rivés à l'écran. Une petite pause musicale dans le hall d'animation prolonge d'un quart d'heure le chemin vers le lit - où, invariablement, des slaloms imaginaires m'emportent au pays des rêves.
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Le village olympique - et plus encore celui paralympique - est une curiosité qui mérite un regard
appuyé... n'importe qui projeté dans le cœur du village y porterait en effet un regard de voyeur
halluciné, tant les anomalies sont partout.
Malheureusement - ou peut-être heureusement - je suis devenu aveugle à force d'en croiser, de ces anomalies physiques qui parsèment le monde handisport. Alors qu'un visiteur à l'œil neuf verrait dix mille choses dont il s'imprègnerai aussitôt l'esprit, je peux croiser des amputés dans tous les sens, des malformés extraordinaires, des fauteuils roulant à la chaîne ou des regards sans pupilles, cela me laisse froidement indifférent ; je ne les vois pas. Je pense parfois " ah tiens, oui, je le reconnais avec ces deux bras en moins, c'est lui qui a fait 3ème en SuperGéant ".
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Ici, chacun s'oublie. En plus de leur invalidé, tous ces sportifs ont un autre point commun: la capacité salvatrice de s'oublier soi-même. N'est ce pas le propre de la concentration ?
Un autre contraste qui me frappe, c'est de voir combien le sol, la terre ferme, est mal adapté à cette population alors que les pentes enneigées offrent un environnement idéal ! Il semble que les semelles des skis sont beaucoup plus faciles à manier que celles des chaussures... et le poliomyélite qui paraît faire en effort démesuré à chacun de ces pas, ce même polio ne laissera voir que les talons de ces skis accrochés à la vaste majorité des skieurs valides.
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Un car nous emmène sur les routes sinueuses qui descendent vers la ville, vers Turin. En fait, un long convoi transporte tous les athlètes au stade Olympique où nous défilerons pour la cérémonie d'ouverture. Des motards - les fameux carabiniers dont les italiens aiment tant à se moquer - escortent les véhicules et ouvrent toutes les priorités, faisant fi des feux rouges, lignes blanches et autres interdictions. Nous battons des records de traversée de ville ! Nous devenons pour quelques heures des VIP du sport, avec des droits quasi Berlusconien... |
Comment, sur les 27 mille personnes affluant vers le stade, pourrais-je en retrouver deux ? Mon amie et ma mère sont là mais j'ai leur billet d'entrée. Il faut absolument que je parvienne à les leur glisser dès mon arrivé.
Prisonnier du bus, le portable à l'oreille, je scrute la population qui converge vers le stade dans l'espoir d'y discerner ma mère ou ma compagne. Impossible. Le stade est immense et les repères nous manquent pour se donner rendez-vous. En plus, sans s'arrêter, notre véhicule suit la procession et entre dans une partie réservée aux sportifs. Je crains de plus en plus qu'elles ne soient venues de Genève pour rien et qu'elles se retrouvent au pied du stade sans tickets - car il n'y a plus de place ; j'ai livré un combat quotidien pour acheter in extremis deux entrées à la Fédération Française Handisport !
Yohann a plus de chance que moi : il aperçoit de l'autre coté des grilles sa famille qui arrive. Grand moment d'émotion lorsque tous se mettent à l'acclamer et que les carabiniers laissent passer sa copine qui s'assoit sur ses genoux, sur son fauteuil, le temps d'un baiser trempé des larmes d'émotion. C'est drôle, les Jeux. Finalement, un coup de fil me rassure : elles se sont faufilés dans l'espace Presse d'où elles se sont faites 'jetées'... dans le bon sens, à l'intérieur du stade ! L'organisation italienne a heureusement des failles bienveillantes, et je garde donc tout penaud mes deux cartons si difficilement acquis mais désormais inutiles à la main.
Sur deux lignes, dans nos costumes taillés sur mesure, pantalon de velours gris, veste blaser bleu
foncé et grande écharpe rouge, nous attirons l'attention sur la France élégante. Egalement sur la
'France bruyante' car nous entonnons, une ligne après l'autre, comme des boys scouts en camp
de vacance, un refrain sonore :
" C'est à tribord (bâbord) qu'on geuleee, qu'on gueulee, c'est à tribord (bâbord) qu'on gueule le
plus fort ".
Pas à dire, cette équipe a de la voix et son état d'esprit - un peu fantassin il est vrai - est quand
même celui de mercenaires heureux d'en découdre...
Sous les ovations des 27 milles spectateurs, un petit drapeau tricolore dans une main, mes fameux billets dans l'autre, je découvre l'immensité des tribunes et je recherche vainement à entrevoir mes deux petites supportrices. Les organisateurs ont distribué des survêtements bleus et blanc aux spectateurs si bien que vu du centre, on ne voit que des points des deux couleurs s'agiter uniformément.
Je finis par renoncer à retrouver deux allumettes dans un fétu de paille, et je me laisse enfin prendre par la magie d'un défilé comme on en vit rarement dans son existence. Il me semble néanmoins que cet engouement et ces encouragements prodigués à une pareille échelle dépasse de très loin les mérites qui me reviennent.
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La disproportion entre ces acclamations et ma propre
estime de la performance pour laquelle ces gens applaudissent me laisse ahuri. Est-ce moi qui
sous estime la valeur de nos 'exploits' ? Je crois plutôt que la foule attire la foule et que la
concentration d'attentions portées sur le ski handisport pendant les Jeux (alors que les coupes du
monde passent complètement inaperçues) explique tous les excès de cette période. Le plaisir de
cette gloire passagère ne m'envahit pas vraiment ; j'ai l'impression de vivre ce moment en
spectateur des spectateurs, d'être finalement un témoin interne mais détaché de cette grande
manifestation.
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Décidément, rien à faire, je ne suis pas là pour le divertissement. Je veux les courses. Tout ce qui s'en écarte ne me concerne qu'en surface.
Avec l'accord de ma délégation je retrouve (enfin) au pied de l'immense torche symbolique et flambante mon amie et ma mère. J'ai décidé de prendre une journée de repos et d'aller la passer avec ma famille loin du village. Une coupure courte mais totale avant d'aborder la deuxième semaine - et les courses qui la terminent.
Yohann est le premier 'professionnel' du ski assis français et il semble que rien n'ait été laissé au hasard pour s'assurer la gloire de cette victoire. Il a accumulé tout ce que de mon coté j'ai plutôt cherché à évacuer, la pression, en se présentant sans hésiter comme le grand favori et tout simplement le meilleur descendeur du monde. Il faut dire qu'en trois ans, ses progrès ont été fulgurants, passant de débutant au haut niveau en un temps record. Du jamais vu !
Quand il tombe à la 15ème porte, il ne se blesse pas physiquement mais moralement, le coup est dur. Du haut du piédestal, la chute n'en est que plus sévère. Notre sport est un sport particulier, sans pitié, qui finalement ne ressemble à aucun autre. Un échange raté au tennis, une mauvaise passe au football, une touche perdue en escrime, aucun geste technique n'a autant de conséquence systématique et définitive qu'un virage mal négocié dans une course de ski. C'est le sport du tout ou rien. Chaque porte à franchir est un penalty à tirer; chaque mètre glissé est une balle de match. De haut en bas, l'intensité est extrême, sans répit. Et à l'inverse de la course à pied où les qualités physiques priment sur la technique, en ski assis, le meilleur physique du monde n'aidera que faiblement à atteindre la courbe parfaite. La minute de course exige la perfection permanente dans la réalisation de chaque mouvement.
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Dans ce jeu du tout ou rien, le rien est si facile et si vite arrivé ; et il fait mal -
très mal. En un
dixième de centième, des années d'investissement, des mois d'efforts, des heures de rêves
plongent vers le vide. L'émotion de joie espérée est illico convertie en émotion inverse, la colère,
la rage et la tristesse. C'est ce que Yohann a sûrement ressenti dans les heures qui ont suivi la
15ème porte et c'est ce que beaucoup d'autres ressentiront encore dans les jours à venir...
Le 'hold up' de Denis Barbet, le vétéran des " assis ", sur la troisième place de cette course semble confirmer que la Descente reste l'épreuve de l'expérience plus que de la fougue. Lorsque dans l'aire d'arrivée, Denis découvre sa place sur le panneau d'affichage, 3ème derrière les deux américains spécialistes de la discipline, il est fou de joie. |
Et pendant ce temps, pendant que les bi athlètes fondeurs français hurlent à la triche sur la taille des cibles, qu'un testing médical exclu des Jeux un skieur assis finalement reconnu tout à fait valide, que Solène continue sa ruée vers l'or, que Cédric s'éclate au sens propre et figuré et que notre président de fédération se pâme de joie dans le Club France, mes journées se répètent et se ressemblent.
Un matin, en Géant, dès le premier passage dans le tracer d'entraînement, je sais que ça y est,
j'y suis. La piste est difficile mais je passe plein tube. Je n'ai pas seulement retrouvé mon niveau
de l'année passée ; je l'ai transcendé. Je peux m'élancer à chaque fois bille en tête, je sais que
je passe. En prenant le télésiège pour remonter au départ, je serre les dents et les poings en me
disant " c'est bon, Jean-Yves, t'y es enfin, les réglages, la précision, la puissance, tout est là
juste à temps".
Le lendemain, en Spécial, je ressens cet incroyable plaisir - qui n'arrive pas si souvent à haut
niveau - de comprendre et de réaliser d'un coup un détail dans mon geste de frapper de piquet,
détail infime qui me propulse vers un niveau que je n'avais jamais atteint. Je le répète tout au
long de la matinée avec application et acharnement - c'est un bonheur de passer avec autant de
facilité d'une tige à l'autre. Je savoure à sa juste mesure ce progrès technique inattendu et
tellement bienvenu. Aucun doute, je suis prêt. Au-delà de ce que je pouvais espérer.
Deux jours plus tard, lorsque Denis se joint à moi pour des entraînements et que les entraîneurs, Sylvain et André, mettent la cellule en place et nous proposent les chronos, je suis d'abord réticent. A quoi bon se mesurer maintenant, l'heure des vrais chronos n'a pas encore sonné. Cependant, j'en prends un autour du cou et je constate après sept passages deux éléments qui me mettent en pleine confiance :
En géant, le choix est facile : les deux ont une raideur qui me convient, celui avec la meilleure
semelle aura donc l'honneur de la piste olympique.
En Spécial, j'hésite. Celui que j'ai le moins skié est encore un peu dur, ce qui présente l'avantage
de donner plus de ressort, de dynamisme mais l'inconvénient d'être plus difficile à " conduire ".
Sa semelle est en meilleur état et finalement, sur la piste d'entraînement, je l'ai guidé sans aucun
problème. Je change donc d'avis : c'est celui-là qui m'emportera entre les portes olympiques.
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J'ai beau me dire " allez, Jean-Yves, comme à l'entraînement, allez !", lorsque je m'élance de la
cabane de départ, j'ai " le pied " sur la pédale du frein. Ma trajectoire est bonne mais je
descends sans hargne, sans prendre le moindre risque.
J'ai même le loisir, entre deux portes, de me dire " c'est marrant, je suis filmé, et en bas comme
sur Internet, y'a des gens qui me regardent ! ".
Ca ne dure qu'une fraction de seconde mais cela suffit à me convaincre que ma concentration est
relachée.
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Les dés sont jetés. Je frappe de l'épaule les quatre premières portes. Au premier temps
intermédiaire, je suis sixième. Et dans mes courses, je monte toujours en puissance en fin de
parcours. Mes pensées n'ont pas le temps de s'égarer : mon engagement est total. J'ai rarement
skié aussi fort, aussi précis.
L'erreur est si vite arrivée. Dans l'entrée du dernier mur, il me semblait que la trajectoire était
directe. Erreur impardonnable. Il fallait anticiper la porte à droite. Trop tard. Impossible d'aller la
chercher, je me mets en travers, la course est finie.
J'ai commis une bourde de débutant : une mauvaise reconnaissance. Il y avait trois " portes
cachées ", c'est-à-dire des passages que l'on ne peut pas voir à cause d'une bosse et j'ai négligé
avant la course de faire défiler en boucle la troisième dans ma tête. Folie !
Vue de l'extérieur, la manifestation de ma déception est minime. Mais en dedans, je boue de
colère ! L'envie de broyer tout ce qui s'approche...
Dans les tribunes, les proches supporters sont aussi sous le coup de la déception... Vincent, mon
grand garçon, me dit avec un sourire canaille " tu sais papa, je crois bien que tu étais premier
quand tu es tombé... " et il me sort tous les chronos de ceux qui sont passés là où j'ai chuté ! Je
lui dit que non, c'était impossible que je gagne, mais il insiste " si, si, j'en suis sûr, t'aurais
gagné... moins de 10s pour faire le mur et t'étais devant "... toujours avec son sourire en coin, il
m'a presque convaincu ! Mais Jérôme, mon deuxième garçon, son sourire crispé et ses larmes
contenues me montrent l'ampleur de sa déception, et la force avec laquelle il a aussi vécu la
course. Il me lance des boules de neige en me criant que je suis nul ! J'essaie de lui expliquer
qu'il fallait de toute manière prendre des risques pour revenir sur les premiers et que j'en ai pris
un peu trop... je tente en même temps de m'en convaincre moi-même.
En fait, lorsque je me retrouve seul sur le télésiège qui me ramène vers le village olympique, en passant au dessus de l'aire d'arrivée où se déroule la remise des médailles, je détourne la tête. Je féliciterai les vainqueurs (un allemand, un japonais et un autrichien) plus tard. Pour l'instant, j'ai la haine ! La rage d'avoir échoué, et pire encore, à cause d'une reconnaissance foireuse ! De bas en haut, j'explose. Exactement comme Yohan et Béné l'ont vécu les jours précédents. La cou- course est perdue ; j'ai le moral à zéro. Il va falloir remonter la pendule d'ici après demain, se re- motiver en vitesse pour le Spécial.
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Aujourd'hui, le temps est moche. Grésil, pluie ou neige, la météo a réservé son plus mauvais climat pour le dernier jour, pour l'épreuve qui de toute manière se court sous tous les temps, ciel bleu ou bourrasques enneigées. Plus les conditions sont dures, plus cela me convient. Un système de temps compensés permet de regrouper tous les skieurs assis, amputés et paralysés, sous le même classement. Il m'est favorable lorsque la piste présente des difficultés. Sur un terrain facile, les écarts de temps réel sont faibles, l'avantage physique ne sert à rien et les plus handicapés (paralysie basse) se retrouvent souvent devant. A l'inverse, sur un passage ardu où les équilibres latéraux et la mobilité du tronc sont sollicités, les doubles amputés ont plus de chance de finir en tête... il ne faut pas s'en émouvoir, et savoir que le sport est de toute manière toujours injuste, et plus encore l'handisport. |
Sur le tracé d'entraînement, avec mon ski d'entraînement, je passe à merveille. En regardant du coin de l'œil mon collègue et concurrent japonais en déséquilibre sur le même parcours, je me dis que tout va bien. Et Denis, au même endroit, glisse proprement mais reste à la recherche de ses réglages.
Départ. Bip bip bip. L'heure de vérité a sonné.
J'ai chaussé le ski course sorti des mains sorcières de Cyrille, notre préparateur auquel je fais une
confiance aveugle.
Première porte : je ne comprends rien. Que se passe-t-il ? Mon virage est saccadé, je file tout
droit et ne parviens à enclencher la courbe qu'au prix d'un à-coup brutal. Comment est ce
possible ? Panique à bord du bob.
A la cinquième porte, la messe est dite : mon ski m'emmène en dehors du tracé. Je reviens au
ralenti franchir de justesse le piquet loupé. Tout est foutu.
Quelle étrange sensation à ce moment là ! Je suis vidé d'un coup. Il me semble être
soudainement dégonflé de tout espoir, de toute ambition, de toute motivation. Pchiiit, un ballon
de baudruche crevé. En toute décontraction, la déception à son apogée, sans même penser à ce
que je fais, dans l'automatisme des gestes que j'ai tant répétés, j'achève la course davantage
dans l'idée de faire une démonstration que de courir des Jeux Olympiques...
Dans cette portion, à ma grande surprise, l'entraîneur Sylvain Dao Lena m'informera que j'ai
réalisé le deuxième meilleur temps...
Mais globalement, je suis quatorzième. Et seule cette place là compte vraiment ! Mon écart me coûte cher. Des autres français, Denis prend la 6ème place, Cyril la douzième et Yohann ne finit pas. Je suis incapable d'analyser et de comprendre ce qui s'est passé au début de ma course. Ma première réaction est de penser que la pression m'a raidie, que la tension a eu raison de mon mental et que j'ai skié crispé... ne parvenant à me libérer qu'une fois l'enjeu perdu ! Ecoeuré, je remonte au départ de la seconde manche avec la seule intention de finir au moins une des deux courses de ces Jeux... J'entends un haut parleur dans la tribune qui inonde l'aire d'arrivée d'un joyeux " Allez Jean-Yves ! Jean-Yves Le Meur ! "... c'est mon ami Morad qui a emprunté - illicitement - le porte-voix d'un orchestre ! Heureusement que tous ces supporteurs ne me tiennent pas rigueur de ma maladresse ! L'ambiance est toujours chaleureuse... à l'opposé de mon ressenti, gelé, glacé, creux... je me répète " tout ça pour ça "...
Dans la deuxième manche, je passe sans grande conviction. Il faut à tout prix arriver en bas et obtenir au moins un classement. A nouveau, je trouve mon ski raide, indocile, peu enclin à suivre mes déhanchements... mais je suis soulagé en passant la ligne d'arrivée de n'avoir commis aucune bévue majeure.
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Les cinq concurrents suivants finissent derrière moi, y compris Cyril, mais je sais que ma
performance est insuffisante pour espérer remonter davantage dans le classement. Bien entendu,
ces instants sont néanmoins très excitants. Tant que mon nom apparaît dans les trois premiers
du panneau d'affichage, j'entends le public français crier sa joie - et je vis moi aussi, enfin,
quelques minutes d'émotion positive. Sait-on jamais, et si les meilleurs se plantaient !?
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A l'analyse plus précise des résultats, je peux me consoler - ou me dégoûter - en constatant que je suis en tête des doubles amputés et que, si on avait suivi les règles de regroupement des Jeux de Salt Lake City, j'aurais décroché le bronze... mais avec des si... avec des si, je referais ma première manche, je garderais mon ski d'entraînement, je passerais avec légèreté et application et je terminerais deuxième ou troisième... avec des si... me revoilà dans le rêve, dans l'imaginaire, cet imaginaire avec lequel j'ai commencé cette saison si particulière et dans lequel, bien entendu, je gagnais à chaque fois...
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A ma grande surprise, des collègues du CERN et des membres du ski club de Gex sont là, avec une grande banderole à mon nom. Mes enfants également, assistent à cette célébration inattendue à coté de l'aire d'arrivée où les supporters Français de Cyril, Denis et moi se groupent autour de nous, chantent, trinquent et nous font signer des autographes. C'est une fête improvisée qui remonterait le moral des plus déprimés !
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Mais comment pourrais-je ne pas garder en moi une sensation désagréable de gâchis ? Je retiendrai qu'un choix erroné de ski en Spécial me fait passer à coté d'un podium possible (je remporte la semaine suivante le championnat de France avec l'autre ski...) et qu'en Géant, même si le podium était hors de portée, un passage mal reconnu me prive d'un classement honorable. Le temps n'effacera pas mes regrets pour ces défaillances et je me répèterai longtemps " quel dommage ! ". Par ailleurs, la seule solution pour ne pas avoir de regrets aurait été de gagner les deux courses et quoique j'eu fait d'autre, j'aurais toujours trouver de quoi ergoter !
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Avec Denis et Yohann, nous regardons émerveillés la danse
verticale d'acrobates en ombre chinoise sur un gigantesque écran noir. Nous comprendrons
ensuite que ces mouvements extraordinaires, ces envols au ralenti de corps gracieux qui glissent
du bas en haut de la scène en dessinant une fresque aérienne, sont ceux d'une danse aquatique
de natation synchronisés que reflète un miroir démesuré. Un clown prisonnier d'une bulle
entreprend un jonglage impossible, ses grands pieds faisant tourner la bulle pour provoquer le
rebond des ballons... Des montgolfières transportent des pierrots dans les airs au dessus de nos
têtes... une grande bataille de mousse est déclenché dans tout le public et mon voisin Coréen,
avec lequel je ne puis échangé la moindre parole faute d'une langue commune, devient mon allié
d'arrosage délirant... un funambule traverse dans un silence de mort la grande place au dessus
des têtes d'un public aux anges... Comment ne pas être envoûté par la magie de ce spectacle
final !
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Et la flamme olympique est passé aux mains de Vancouver, ou plutôt sur son fauteuil électrique, puisque son Maire tétraplégique a aménagé au dessus de ses roues un porte torche spécialement adapté.
Ce Maire exceptionnel, dans un mouvement de rotations multiples et rapides de ses roues commandées d'un joystick, fait soudain tournoyer une dernière fois dans le ciel Turinois le flambeau symbolique. L'image, forte, est prometteuse des prochains Jeux.
Serais-je encore d'attaque à Vancouver ? Une pareille aventure donne certainement envie d'en vivre encore d'autres ! Mais les contraintes pour rester dans la course sont nombreuses... Chez les valides comme chez nous, la difficulté de durer tient autant au mental qu'au physique: garder la " gnak " est encore plus difficile que de conserver sa puissance musculaire... même si l'exemple de Denis et d'autres " seniors " peuvent rassurer. Il faut dire qu'on ne commence une carrière sportive handisport que du jour de son handicap. A ce titre là, nous n'avons que dix huit ans : tous les espoirs sont permis !
En dehors de mon dépit de mauvais perdant, c'était globalement une aventure extraordinaire. Sportivement par les entraînements, humainement par l'esprit olympique qui régnait, j'ai vécu des moments privilégiés. Il me faut relativiser la victoire et la défaite. Globalement, en jetant un coup d'œil par-dessus mon épaule, cinq mois en arrière, en fixant un instant le souvenir de mon bras inerte, la participation à cette grande fête du sport est une chance inouïe, une forme de victoire en soi, quelque soit le résultat.
Le voyage de mon radial en Italie, ce voyage si improbable, restera donc celui des contrastes. Entre mes espoirs ambitieux et mes résultats modestes, entre l'inertie d'un bras pendant six mois et la vigueur d'une course de deux minutes...
Les Jeux sont finis, vive les Jeux !